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univers-soufi

L'AREF ET LE SOUFI (Habib Sharifi)

10 Avril 2014 , Rédigé par Ladji Publié dans #soufisme

L'AREF ET LE SOUFI (Habib Sharifi)

A première vue, la différence entre l'aref et le soufi n'est pas fondamentale, en ce sens que tous deux sont des "connaisseurs" - du moins des chercheurs - se trouvant sur le chemin qui mène à la connaissance de Dieu et à la Vérité. Tous deux sont donc des mystiques, animés des mêmes aspirations aspirations spirituelles.

Cependant, le soufi comme nous l'avons vu, est avant tout le membre d'un ordre hiérarchisé. Il doit s'en remettre à celui-ci pour suivre un certain nombre de pratiques bien définies qui le préparent à parcourir le chemin initiatique. Ainsi, à la différence de l'aref, tout soufi est guidé sur la voie mystique par un guide qui lui édicte des prérogatives et des conseils. L'impétrant, dès l'instant où il a choisi sa voie, est comparable à un écolier qui doit apprendre régulièrement sa leçon pour parvenir à la classe supérieure. Il suit les conseils - voire les exigences - du guide sans jamais faiblir ni douter de la possibilité d'atteindre le but.

Il s'inscrit aussi dans une hiérarchie dont il doit impérativement respecter les degrés sous peine de sanction. Sa position au sein de cette hiérarchie se traduit par une vêture propre à chaque "grade" qui permet immédiatement d'identifier son rang. Il est enfin tenu d'aller au couvent des derviches (khàneghà), de prier selon un mode spécifique de son ordre et d'apprendre le vocabulaire inhérent à la prière.

Le soufi s'identifie donc par deux données qui, si elles appartiennent à un ordre différent, sont néanmoins complémentaires et indissociables. La première, extérieure, vise l'apparence, la pratique, l'attitude sociale. La seconde, intérieure, concerne son exigence de perfection, sa conviction et sa foi et motive son engagement.

Cette distinction entre la forme et le fond permet de différencier clairement le soufi de l'aref. En effet, ce dernier est un non-pratiquant dont la quête néglige le recours à des intermédiaires et, plus encore, à un ordonnancement hiérarchisé et donc restrictif de la foi. Il est son propre maître pour étudier le Livre et la doctrine. Respectueux de la religion, il tient à la pratiquer dans son foyer, avec la plus grande discrétion, sans se préoccuper de son entourage.

Son cœur est rempli de l'amour de Dieu, un état de douceur et d'insouciance le caractérise le plus souvent. Il se moque des apparences et de l'ambition matérielle.

La plupart des poètes persans qui ont eux-mêmes été d'abord soufi puis aref évoquent, non sans ironie, cette différence qu'ils ont eux-mêmes vécue. Parmi eux, l'exemple le plus édifiant est donné par le célèbre poète du XIVème siècle Hafiz de Chiraz. Celui-ci considère les soufis de son époque comme des tartufes qui dissimulent leur incroyance sous le masque d'une apparence faussement respectable qu'est censée leur donner la robe du soufi (kherghé). "L'apparence du soufi n'est nullement le reflet de son intériorité, bien des kherghés auraient mérité de brûler."

A contrario, l'aref est celui qui ne sépare pas le fond de la forme. On le retrouve à tous les degrés de la vie sociale. Une sorte de sérénité émane de lui qui ne peut laisser indifférent. Cette sérénité, naturellement, habite aussi le soufi authentique dont l'humilité et la sagesse forcent alors l'admiration.

Source: le soufisme (Habib Sharifi)

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