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univers-soufi

DE L'ESSENCE (adh-dhât) - Abd Al Karim Al-Jîlî

1 Janvier 2015 , Rédigé par Ladji Publié dans #soufisme

Femmes soufies dansant le sama (danse cosmique)

Femmes soufies dansant le sama (danse cosmique)

DE L'ESSENCE (adh-dhât) - Abd Al Karim Al-Jîlî

Sache que par "essence" on entend, d'une manière générale, ce à quoi les noms et les qualités se rattachent par leur principe, et non par leur existence (contingente). Tout nom et toute qualité se rattache à une réalité sous-jacente qui, elle, est son essence...

Quand à l'existence, elle comporte deux degrés : elle est l' Être pur, en tant qu'Essence du Créateur, ou bien l'existence atteinte du néant, en tant qu'essence relative des créatures.

Par " Essence de Dieu " (dâth Allâh) - exalté soit-Il ! - on entend Dieu Lui-même, c'est -à-dire ce par quoi Il est; Dieu subsiste en effet par Lui-même, et c'est à cette Aséité Divine qu’appartiennent essentiellement les Noms de (perfection) et les Qualités (universelles). On conçoit donc l'Essence à travers toute forme (idéelle) qui découle logiquement d'une des significations qu'Elle implique; j'entends que toute propriété qui résulte d'un de Ses attributs Lui appartient réellement; c'est à l' Essence - à Son Être - que se rapporte tout nom impliquant une idée de perfection; or, la somme des perfections comporte l'infinité et par suite l'impossibilité de L'embrasser par l'intelligence, d'où il résulte, d'une part, qu'Elle est inconnaissable, et d'autre part que cela même peut être connu, puisqu'il est impossible de l'ignorer :

Est-ce que j'ai tout appris, globalement et distinctement.

De Ton Essence, ô Toi, en Qui s'unissent les Qualités ?

Ou est-ce que Ta Face est trop sublime pour que Sa nature puisse être saisie ?

Je saisis donc que son Essence ne peut être saisie.

Loin de Toi que quelqu'un Te sonde, et loin de Toi

Que quelqu'un T'ignore, - ô perplexité !

Sache que l'Essence de Dieu le Suprême est le mystère de l'Unité que tout symbole exprime sous un certain rapport, sans qu'il puisse L'exprimer sous quelque idée rationnelle, pas plus qu'on ne La comprend par quelque allusions conventionnelle; car on ne comprend une chose qu'en vertu d'une relation, qui lui assigne une position, ou par une négation, donc par son contraire; or, il n' y a, dans toute l'existence, aucune relation qui " situe " l'Essence, ni aucune assignation qui s'applique à Elle, donc rien qui puisse La nier et rien qui Lui soit contraire. Elle est, pour le langage, comme si elle n'existait pas, et sous ce rapport Elle se refuse à l'entendement humain. Celui qui parle devient muet l'Essence Divine, et celui qui est agité devient immobile (1); celui qui voit est ébloui. Elle est trop noble pour être conçue par les intelligences... Elle est trop élevée pour que les pensées La saisissent. Son fond primordial n'est atteint par aucune sentence de la science, ni par aucun silence qui La tait; aucune limite, aussi fine et incommensurable soit-elle, ne L'embrasse...

L'oiseau saint (2) vola dans l'étendue illimitée de cette atmosphère vide, en exaltant Dieu par sa totalité (3) dans l'air de la sphère suprême (4); alors il fut ravi hors des existences et transperça les Noms et les Qualités par réalisation et vision directe. Puis il plana autour du zénith de le non-existence, après avoir traversé les étendues du devenir de ce qui précède les temps; alors il Le trouva nécessairement, Lui dont l'existence n'est pas sujette au doute et dont l'absence n'est point cachée. Et lorsqu'il voulut retourner au monde créé, il demanda qu'un signe de reconnaissance lui fût donné; et il fut écrit sur l'aile de la colombe : " En vérité, ô Toi, talisman (5), qui n'est ni quiddité ni nom, ni ombre ni conteur, ni esprit ni corps, ni qualité ni désignation ni signe, - à Toi appartiennent l'existence et la non-existence, et à Toi le devenir et ce qui précède les temps; - Tu es non-existant comme Essence, existant dans Ta Personne, connu par Ta grâce, absent selon le genre; Tu es comme si Tu n'avais créé que des métaphores et comme si Tu n'étais que par façon de parler; Tu es l'évidence de Toi-même par la spontanéité de Ton langage; je viens de Te trouver Vivant, Connaissant, Voulant, Puissant, Écoutant et Voyant; j'ai embrassé la Beauté et j'ai été transpercé par la Majesté; j'ai sondé par Toi-même les mode de l'Infinité; quant à ce que Tu as imagé en affirmant l'existence d'un autre que Toi, il n'est pas là, mais Ta Beauté resplendissante est parfaite; et à quoi ces paroles sont-elles adressées, est-ce à Toi, est-ce à Moi ? O Toi qui est absent là, nous T'avons trouvé ici !".

...

Source : De l'homme universel - 'Abd Al-Karim Al-Jîlî

(1) C'est à dire que ses opérations mentales cessent, car elles n'ont pas de prise sur la réalité de l'Essence.

(2) L'oiseau saint est l'Esprit qui, tout en demeurant dans l'homme, en transcende la forme.

(3) Et non seulement par une faculté isolée.

(4) La sphère de l'Unité.

(5) Ce discours s'adresse à Dieu, à qui l'Esprit s'est identifié, ce qu'exprime précisément l'écriture sur l'aile.

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